Château Glltt

chateau gllttA cette époque, mon ami Frdrc habitait le « château Glltt », une grande maison ainsi appelée parce que son arrière grand père l’avait fait construire avec l’argent du charbon qu’il transportait.

De nombreux locataires y avaient habité depuis, détruisant ou dénaturant chacun quelque chose, si bien que le château Glltt n’était plus qu’une vieille maison isolée au milieu d’un jardin abandonné aux mauvaises herbes.

Le plancher du grenier s’effondrait au moindre coup de talon, beaucoup de fenêtres n’ouvraient plus, les écuries étaient en ruines. A l’étage, des vandales avaient ravagé les chambres mais au rez- de-chaussée, certaines pièces faisaient encore illusion, avec leurs boiseries et leurs tapis.

Frdrc avait donné quelques fêtes qui rendaient vie à la maison pour une ou deux nuits. Le salon, la cuisine, les chambres, et même les baignoires se remplissaient alors de gens qu’il ne connaissait souvent pas. Parfois, le lendemain, certains se promenaient dans le jardin, plus ou moins réveillés.

Il les regardait passer sous le tilleul des photos de famille, où des personnages en vêtements de cérémonie, plus ou moins reconnaissables, plus ou moins souriants, émergeaient d’un parterre de glaïeuls.

On asseyait les plus vieux sur un banc au premier rang et les autres se tenaient derrière : le second rang debout, le troisième juché sur d’autres bancs. Tout cela demandait beaucoup de glaïeuls, de l’organisation, de la discipline, et un siècle débutant.

Quand tous ses visiteurs l’avaient quitté, il laissait quelques jours la maison en l’état : les assiettes et les verres posés partout, les bouteilles vides, les lits défaits, les meubles déplacés, les disques éparpillés, les cendriers débordants. Et puis quelques objets oubliés : briquets, écharpes, papier à rouler, un sac ou des portefeuilles dont une voix anxieuse s’enquérait au téléphone, et qu’on venait chercher en s’excusant du dérangement, alors que ceux-là avaient été vus dansant nus sur la table de la cuisine…

Parfois un peu de poudre sur un miroir, un numéro de téléphone griffonné sur une boîte d’allumettes, une boucle d’oreille… Il se repérait parmi ces traces. C’était un peu pour elles qu’il donnait des fêtes. Renifleur d’absence, il suivait la piste du tabac froid, du plaisir éteint et des promesses non tenues.

Assis sur une marche d’escalier, au bord d’un lit, adossé à une cheminée, il parlait aux murs.

Et le château Glltt lui répondait.

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Auteur croate et transgenre

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