MARC AURELE A MOTOCYCLETTE SUR LE FORUM ROMAIN


motorcycle-chariotSynopsis.

Un jour, Marc Aurèle, empereur très romain, décide d’acheter une motocyclette.

Il se rend ensuite au forum pour y rencontrer d’autres motocyclistes (de nombreux petits fora disséminés dans l’Empire permettaient aux motocyclistes romains et barbares de se regrouper par affinités).

Marc Aurèle choisit le forum romain parce que c’est là que se rassemblent les motocyclistes romains les plus passionnés, ce qui lui semble un bon critérium à priori, mutatis mutandis.

Incognito sous son galea, il se promène longuement parmi eux, découvre leurs moeurs et leurs dieux, ce qu’ils vénèrent et ce qu’ils abhorrent, ce qu’ils craignent et ce qu’ils espèrent. Il observe que, même s’ils s’enorgueillissent d’avantages qui leur sont étrangers parce qu’ils n’appartiennent qu’à leurs motocyclettes, ils gonflent quand même son coeur de joie par leur diversité, leur simplicité, et leurs muscles rebondis.

Alors, par un beau jour de printemps, il leur parle :

« Motocyclistes romains rassemblés sur ce forum, plus je vous côtoie et plus je vous aime.

Tous. Ceux qui y passent leur vie et ceux qui y passent de temps en temps. Les effacés et même les exclus, les personnalités et les simples personnes, les un peu là et les un peu las, les patrons et les loufiats. Ceux qui se dévouent à tout organiser et ceux qui s’amusent à tout déglinguer. Les scrogneugneus et les menfoutistes. J’aime les durs en cuir et les pieds tendres, les tatoués et les bébés cadum. J’aime les râleurs et les bêleurs. J’aime les malins, les gros et les petits. J’aime les illettrés et les savants, j’aime les mains dans le cambouis et les mains dans les poches. J’aime les vieux ronchons intégristes, les lèche cul hypocrites, les humbles sans grande orthographe et les prétentieux avec une petite. J’aime les filles soumises et les filles rebelles, celles du pouf et celles du guidon, les pépées fraîches de l’année et les pépées fanées du siècle passé. Celles qui nous pardonnent et celles qui nous condamnent à la peine de coeur capitale. J’aime les cons qui le savent et j’aime les vrais cons aussi. J’aime ceux qui font peur et ceux qui tremblent, les vrais méchants et les faux gentils, les frimeurs friqués ou fauchés et les balèzes blasés, les gros suants et les pète sec. J’aime les sages et j’aime les sauvages, ceux qui rient bêtement tout le temps et ceux qui ne rient jamais, ou jaune. J’aime les fanas du rictus et les circonspects du stylet. J’aime les petits mots d’amour et les gros mots de rage. Les approximatifs au pif et les précis au scalpel, les maniaques du clinquant et les souillons du chiffon. Les mains d’or et les mains gauches. Et vos avatari qui disent souvent d’autant plus la vérité qu’ils mentent comme des arrache-coeurs dedans.

Vous êtes un monde entier à vous tout seuls. Un monde qui tourne en rond bien sûr mais quel monde ne tourne pas en rond ? Le vôtre au moins tourne rond autour de son axe pourvu qu’il ne descende pas en dessous de 500 rpm.

Parce que c’est le printemps, « parce qu’il est midi, parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui, parce que vous êtes là, simplement parce que vous existez », frimeurs, faux rimeurs, et fort humains forumeurs, soyez tous remerciés ! »

Les réponses qui fusent de la foule étonnent l’empereur :

« Bordel Claudel, crie un érudit, fait vraiment chaud sur ta tête hein aujourd’hui. »

« Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-là ? Complètement toqué ce mec-là, complètement gaga»

« Il se fout de notre gula, vade retro bisunurs»

« O tempora, o mores, il parle de son nombril, ce cunnus, pas de sa motocyclette ! »

Seules quelques voix éparses et à peine audibles le remercient pour son intelligence et sa bonté.

Debout sur sa motocyclette, Marc Aurèle, un peu vexé, leur répond :

« Je suis votre empereur, Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus. Les siècles à venir se souviendront de moi comme d’un grand empereur. Alors, romains motocyclistes, jouissez sans crainte et sans colère de mon humour et de ma culture»

Mais la foule des romains motocyclistes gronde :

« C’est ça, et nous on est des vélocipédistes, hic et nunc dégage Delage (du nom d’un char célèbre à l’époque)»

Marc Aurèle se dit alors :

« Pourquoi des âmes incultes et ignorantes troubleraient-elles une âme instruite et cultivée ? (Pensées, Livre V, XXXII). »

« T’emportes-tu contre celui qui sent le bouc ? T’emportes-tu contre celui qui a l’haleine forte ? Que veux tu qu’il y fasse ? Il a cette bouche, il a ces aisselles, et il est inévitable que de telles dispositions fassent naître de telles exhalaisons (Pensées, Livre V, XXVIII). »

« Poursuivre l’impossible est d’un fou. Or il est impossible que les méchants ne commettent point quelque méchanceté (Pensées. Livre V. XVII).»

Sur ce, il rentre au palais impérial, qu’il a fait décorer très simplement par virtus, pour mettre ses pensées sur tablette.

Marc Aurèle ne manque pas d’envoyer aux motocyclistes du forum romain une tablette de remerciements que ces derniers ne comprennent pas plus que sa déclaration d’amour, ce qui ne l’étonne ni ne le fâche, étant devenu grâce à eux un grand philosophe stoïcien en plus d’un grand empereur romain.

Markus Grockoco « Marc Aurèle à motocyclette ». Théâtre. 2011. Synopsis

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À propos de Grockoco

Auteur croate et transgenre

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