Interview par B. de Clermont B.G. : Grockoco transgenre ?

micro-300x300B.de C.     M.Grockoco, on vous dit transgenre…

G.             Ce qu’on dit de moi m’est égal

B.de C.     Mais confirmez-vous que vous êtes transgenre ? Vos écrits sont ambigus à ce sujet…

G.             Mon propos, dans mes écrits, est de rendre compte avec des mots d’une perception singulière du réel. S’il arrive que certains lecteurs s’y retrouvent c’est bien. Cela rompt pour un instant la solitude de chacun. Il s’agit d’une démarche artistique, ni plus, ni moins. Mon propos n’est pas de lever les ambigüités nées de la catégorisation du réel, et de ce qu’on appelle les genres en particulier.

B. de C.     Vous utilisez à plusieurs reprises le terme de protérandrique. Pouvez vous expliquer ce terme ?

G.               Protérandrique désigne des animaux hermaphrodites qui vivent d’abord en tant que mâles et ensuite en tant que femelles. J’utilise ce terme métaphoriquement pour qualifier le passage d’une position subjective à une autre.

B. de C.     D’une position masculine à une position féminine, c’est bien cela ?

G.              Oui, c’est bien cela.

B. de C.     Pourrait on dire que vous êtes un homme qui est passé d’une position masculine à une position féminine, et quelles sont les conséquences de ce passage sur votre sexualité ?

G.              Ce que je veux dire de moi se trouve dans mes écrits. Je ne pense pas pouvoir mieux le dire dans une interview.

B. de C.     Alors pouvez-vous préciser ce que vous entendez par position féminine ?

G.              Position féminine et position masculine se différencient, me semble-t-il, par leur rapport au désir de l’autre. Ce sont des positions subjectives que les hommes et les femmes peuvent occuper quel que soit leur sexe biologique et quel que soit leur choix d’objet sexuel, en d’autres mots leurs préférences sexuelles.

B. de C.     Alors en quoi ce que vous appelez la position féminine se distingue-t-elle de la position masculine par rapport au désir ?

G.               Par rapport au désir de l’autre, j’insiste. En ce sens qu’il n’y aurait de désir sexuel à proprement parler que masculin, me semble-t-il. La position masculine serait de s’identifier à l’agent du désir sexuel, décliné sous toutes sortes de fantasmes. La position féminine serait de s’identifier à l’objet du désir sexuel; elle implique donc nécessairement d’au moins accepter le désir de l’autre, si pas de l’éveiller, de le susciter, et donc d’en savoir quelque chose. Le protérandrisme, chez les animaux humains façonnés par le langage, est le passage plus ou moins progressif d’une position masculine dominante à une position féminine dominante.

B. de C.        Dominante ? Vous voulez dire principale ?

G.                 Oui

B. de C.        Et vous voulez donc dire que vous êtes passé , dans votre vie, d’une position masculine à une position féminine ?

G.                 Encore une fois, ce que je peux dire de moi, je ne pourrais pas mieux le dire que dans mes romans, mes pièces de théâtre, mes poèmes, mes chroniques.

B. de C.        C’est pourtant vous qui revendiquez une sexualité de crevette !

G.                 De crvet, oui, c’est parfaitement exact. Je la revendique.

B. de C.        N’est-ce pas, permettez moi le mot, un peu grotesque ?

G.                 « Un peu grotesque », je vous permets volontiers le mot. C’est le plus approprié que vous ayez prononcé depuis le début de cet interview. A lire ce qui s’écrit en long et en large sur ces questions et le désarroi de tant d’êtres humains dans notre civilisation avancée, je propose en effet de rappeler d’urgence la dimension grotesque de notre sexualité et de notre existence en général.

B. de C.          Notre civilisation avancée, dites-vous ? Selon vous, il y aurait des civilisations avancées et d’autres qui seraient arriérées ?

G.                   Vous êtes français, n’est-ce-pas ? Vous aimez la polémique. Vous aimez aussi les fromages, sans doute ? Les civilisations sont comme les fromages : les plus délicieuses sont celles qui sont les plus proches de leur décomposition. Mais rien de ce qui est vivant n’échappe à la décomposition et ensuite à la recomposition sous d’autres formes. Ceci dit, notre civilisation dite judéo-chrétienne me semble effectivement bien avancée.

B. de C.           Revenons si vous le voulez bien à la question de votre sexualité de crevette, puisque vous revendiquez ce terme. Avoir une sexualité de crevette, cela signifie-t-il pour un homme de devenir une femme ?

G.                    En quelque sorte, oui.

B. de C.           Etes vous donc transsexuel ?

G.                    Qu’entendez vous par là ?

B. de C.           Avez-vous pris des hormones, avez-vous volontairement transformé votre corps, votre apparence physique, avez-vous été opéré ?

G.                    Mon apparence physique a effectivement beaucoup changé, mais ces changements n’ont pas été provoqués par une intervention extérieure. Ils sont liés à l’âge, à l’épaississement des tissus adipeux et à l’effondrement des tissus conjonctifs. Ces changements rapprochent mon apparence physique de celle d’une grosse vieille femme. Il suffit d’être patient et de faire du gras. Cela est banal. Ce qui est moins banal, c’est que ces changements d’apparence physique se sont accompagnés d’un changement de position subjective par rapport à la sexualité. Dans la deuxième partie de ma vie, je me suis rapproché d’une position féminine.

B. de C.           Etes-vous devenu homosexuel ?

G.                    En un sens oui, puisque si j’ai changé de position, je n’ai pas changé d’objet. Je ne crois pas qu’on puisse véritablement changer d’objet. Par contre, un changement durable de position me semble tout à fait possible, et à tout moment de l’histoire de chacun.

B. de C.           Je ne vous suis plus. Si vous n’avez pas changé de sexe, puisque vous n’êtes pas transsexuel, cela signifie donc que vous êtes resté un homme. Et si vous êtes devenu homosexuel, cela signifie donc que vous aimez à présent les hommes !

G.                     Pas dans le sens où vous l’entendez. Dans ce sens, c’est à dire sexuel, j’ai toujours aimé les femmes et je continue de les aimer, mais d’une position à présent féminine. C’est la position qui a changé, pas l’objet, je vous l’ai déjà dit.

B. de C.            Et qu’est-ce que cela change concrètement dans votre rapport aux femmes ?

G.                     Les femmes n’occupent pas toutes la même position. De quelles femmes parlez-vous ?

B. de C.            Pardon mais je m’y perds un peu…

G.                     Disons qu’avec les femmes en position masculine, je suis devenu un objet dont elles se servent pour leur plaisir . Pour les femmes en position féminine, je suis une soeur avec laquelle tous les coups sont permis

B. de C.            Mais n’est-ce pas là une description de différentes situations somme toute assez communes rencontrées par chacun de nous au gré des rencontres ?

G.                      Sans doute. Je prétends être devenu sexuellement et métaphoriquement une grosse crvet. Je ne prétends pas être la seule grosse crvet, notez bien. J’en ai rencontré d’autres…

B. de C.             Merci Markus Grockoco.
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À propos de Grockoco

Auteur croate et transgenre

2 Commentaires

  1. Gerald

    Bel interview, d’un bel auteur… Mais reste une question : pourquoi une crevette?

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  2. Benoît de Clermont Brice-Gonzague

    Eh bien j’essaye précisément de répondre à cette intrigante question dans ma tentative de biographie de Markus Grockoco… Bonne lecture.

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